Où sont mes limites sexuelles ?

De nos jours, érotisme et perversion s’entremêlent. C’est le bordel! À 12 ans, les gamines sont de vraies reines du porno. Et nous, où en sommes-nous sous la doudou?

Vous connaissez la tournante? Une ado sert de «matelas» à une dizaine de garçons, à tour de rôle! Très populaire dans les quartiers «sensibles» en Europe. Ici, ça ne va guère mieux. Dès la première relation sexuelle, les ados font les trois trous. Et, nouvelle tendance selon un prof d’un collège huppé, entre deux cours, les filles «fellationnent» allégrement. Dire qu’avant, on se vantait d’avoir fait la chose à 15 ans! Aujourd’hui, à 12 ans, on ne demande plus: «Ça fait-tu mal la première fois ?», mais «Faut-tu mettre un condom pour le sucer? » On n’a même pas 10 ans de plus qu’on se sent dépassées. D’où pas mal de questions sur nos propres comportements au pieu… et nos limites.

mes limites de plan de fesse 

Selon Candy Carrier, sexologue, on serait à la recherche d’une nouvelle forme de sexualité. «Le féminisme a été très positif, mais on est rendues ailleurs. Maintenant, on veut avoir notre sexualité à nous et non celle de tante Gertrude qui a brûlé son soutien-gorge sur la place publique. On veut vivre notre désirabilité sans prendre la place de l’homme.» Les ados explorent beaucoup… Trop? «Ça va faire un temps, estime Candy. Elles vont finir par la tenir fermée, leur jupe à carreaux, et faire leurs maths pénardes dans leur coin!» D’un autre côté, on se responsabilise de plus en plus, ce qui est très positif. Après avoir rompu avec son chum depuis 10 ans, Annie, 28 ans, s’est reprise en main. Elle qui n’avait jamais vécu de one night s’est rendue dans un bar avec la ferme intention de passer à l’acte. «J’ai rencontré le gars qui pouvait me faire vivre ça et même si j’ai plusieurs fois eu envie de partir, d’arrêter, je suis allée chez lui et j’ai réalisé mon fantasme. Ça a été le pied!»

 

Compris, les filles? Get up and boogie! Mais comment être sûre que c’est OK dans le coco? «On doit se demander: “Pourquoi je veux connaître cette expérience-là ? Pourquoi un plan cul ? Qu’est-ce que ça m’apportera?” Si on le fait par plaisir, par désir de découverte, ce sont de bons motifs. Mais si on veut prouver quelque chose à quelqu’un ou avoir l’air cool, non.» Non aussi si on baise à trois juste pour les beaux yeux de son Jules. Surtout après avoir ingurgité un litre de merlot, trois ecstasy et deux Advil.

 

Toujours plus de cul ?

Les limites sont quand même floues… Dans Les nouveaux comportements sexuels, le psychanalyste Willy Pasini évoque un nouveau phénomène: les sensation seekers. Des personnes recherchant constamment une émotion plus exaltante. Des amoureux de «sport» extrême. Après le deltaplane et le saut en bungee, voici l’ère du sexe exacerbé, où l’on transforme ses organes génitaux en passoire! Que faut-il penser de cette quête du dépassement? En d’autres mots, c’est-tu bon d’être hyper open? C’est-tu plus le fun de pratiquer l’échangisme, habillée de latex de la tête jusqu’à Brossard, et de recevoir des coups de martinet sur les doigts? «Ça m’inquiète, confie Candy Carrier. Quand quelqu’un est toujours à l’affût d’émotions fortes, je ne peux m’empêcher de me demander ce qui se cache derrière son comportement…» Pour certaines, bien dans leur peau, la sexualité n’est que la cerise sur le sundae. Pour d’autres, c’est la cerise qui fait déborder le sundae: il n’y a que le sexe qui compte. Ça cache un vide, une détresse.

 

Il y a toutefois une marge entre celles qui pratiquent le felching (introduction de petits animaux dans le postérieur) ou le stuffing (utilisation de divers objets, du vibro à l’ananas) et celles qui ont le goût d’une petite fessée durant l’acte! D’ailleurs, que se passe-t-il vraiment du côté du fétichisme, du porno, du S&M et autres tricotages sexuels? «Ce sont des tendances très à la mode, mais on en parle plus qu’on ne les pratique. Ce qui me fait peur dans ces courants, c’est qu’ils sont malheureusement fashion. Et les filles risquent donc de laisser croire qu’elles aiment ça. Mais ces vagues ont aussi cela de bon: elles rendent accessible tout ce que les femmes ont envie d’essayer.» Après tout, c’est correct, le jeu, et il ne faut surtout pas s’empêcher de vivre nos désirs. Isabelle, 30 ans, l’a bien compris: elle affirme n’avoir aucune limite. «À part faire l’amour avec mes parents ou avec des animaux, il n’y a rien qui m’effraie. J’adore fouetter mon ou ma partenaire, mais ça reste dans le domaine du jeu. J’ai aussi une maîtresse qui parfois lance des invitations à toutes ses amantes pour des orgies romaines. La dernière fois, on était neuf filles. J’ai adoré.» Isabelle dit tenter ce genre d’expériences pour elle-même, parce qu’elle aime ça, parce qu’elle adore découvrir.

mes limites

Il faut donc se fier à sa voix intérieure, même si parfois il y a des ratés. Après tout, si on n’aime pas, on arrête! C’est ce qui est arrivé à Nathalie, 29 ans. Elle harcelait son copain pour aller à une club échangiste. Pas pour l’échanger contre deux boîtes de la marque concurrente, mais pour mettre un peu de piquant dans leurs rapports qui battaient de l’aile, comme une mouette nourrie au McDo. «On y est donc allés, mais on n’a pas été capables de se mélanger aux autres. Trop gênés. Pas grave, on s’est caressés derrière un faux miroir qui nous permettait de voir d’autres couples en plein acte. C’était quand même cool.»

 

Le missionnaire, dernier tabou!

On préfère à l’amour qui cogne des clous celui qui fait boum! Mais pour voir des étoiles, doit-on tâter du porn stuff, docteur? «Prenez l’exemple de la bouffe, explique Candy. Vous goûtez vraiment à ce que vous mangez ou vous l’engloutissez? Avant d’essayer de nouvelles choses, explorez ce que vous faites déjà!» Je proclame donc le slow sex! On prend son temps, on déguste, on batifole, on incorpore des objets ou on visite d’autres formes de sexualité, si ça nous chante. On peut même s’adonner à cette pratique qui nous dresse les cheveux sur la tête: le missionnaire! Si c’est le fun, pourquoi s’en passer? On n’est pas obligée de se comporter en Catherine Millet et de faire des gang bang dans un stationnement !

 

Pas obligée non plus de vivre tous nos fantasmes. De toute façon, quand on les réalise, on est souvent déçues: dans l’imaginaire, on a le contrôle, même si on est attachée comme O et qu’on se fait prendre par 20 mecs d’écurie… mais dans la réalité, on n’a pas toujours le contrôle, et la strape sur le cul, ça fait mal! Alors, si au prochain 5 à 7, la rousse à gros nichons vous regarde de haut en se vantant d’avoir passé le week-end ligotée à la thermopompe, fini les complexes d’infériorité! Méfiez-vous des filles qui se disent aussi diversifiées qu’une pub Benetton. Sont-elles vraiment si bien? Pas facile d’avouer que ce qu’on fait nous met mal à l’aise… «Celles capables de dire non sont de véritables Daredevil, tranche Candy, ce sont elles les in!» La plus belle limite qu’on peut dépasser, c’est de vivre ce qu’on a envie de vivre. Y a pas de mal à se faire du bien!