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Le plan cul à Trois, Pour qui ? pourquoi ?

ménage à trois

 

Un homme, deux femmes, chabadabada. Ou mieux, selon certaines: deux hommes, une femme, tralalalalère! Le sexe, le plan cul (les romantiques diront « faire l’amour ») à trois est un fantasme partagé par plusieurs. Mais dans la pratique, ça se passe comment? Des habitués témoignent.

 

Samedi soir, chambre de motel à Laval. Un décor décati rescapé des années 70. Dans ce cauchemar de designer, les Tremblay vivent un fantasme qui les mène droit au septième ciel. Une fois par mois, ce couple dans la quarantaine se paie une petite fantaisie qui répond au nom de Dino. «Ça se passe toujours de la même manière, explique Dino, escorte pour dames. Quand ils arrivent, je suis déjà là. Nu. Je ne discute pas, je ne suis finalement qu’un accessoire. Je fais l’amour avec Madame pendant que Monsieur nous regarde.» Le triolisme a plusieurs visages, et le voyeurisme est un plaisir aussi prisé que celui de faire l’amour avec un troisième partenaire. La célèbre formule magique « deux femmes, un homme » nourrit la polygamie latente du mâle pour un bon plan cul, tout en lui évitant le sentiment de culpabilité grâce à l’assentiment de la « légitime ».

 

«SOLEIL, SABLE, SEXE, PLAN CUL… AJOUTEZ QUELQUES TEQUILAS, ET PERSONNE NE S’ÉTONNERA QUE LA CONVERSATION AIT NATURELLEMENT BIFURQUÉ VERS UN SUJET PLUTÔT CHAUD.»

 

«Il ne s’agit pas de faire l’amour, même si l’expression est consacrée, corrige François Castonguay, sexologue. La question n’est pas d’être bien avec la personne, de combler un besoin de tendresse ou de proximité avec l’être aimé. C’est un thrill, un sport. Personnellement, je trouve ce fantasme un peu enfantin. Le tout peut être intéressant si les trois partenaires sont complices, mais j’ai l’impression qu’il s’agit le plus souvent de faire de ³l’olympisme² avec la sexualité.» L’amour à trois serait donc un plaisir plus sensuel que romantique? On s’en doutait. Mais alors, pourquoi est-ce si attirant? Patrick, 27 ans, un beau barmaid habitué aux trios amoureux, a sa réponse toute prête: «C’est tellement bon de se faire embrasser par une femme alors qu’une deuxième te fait une fellation. De voir deux beautés se caresser et avoir du plaisir entre elles. J’adore le sentiment de puissance qu’on a quand on peut faire jouir deux femmes en même temps, ou même celui de faire équipe avec un ami pour combler une chanceuse comme jamais.»

 

Si Jasmine a frôlé le nirvana, Josée, elle, n’a pas plané du tout. Le soir où cette secrétaire de 25 ans a tenté l’expérience, le vin coulait à flots et le mec pour qui elle se pâmait depuis des mois lui accordait enfin toute l’attention dont elle rêvait. Il avait également amené son meilleur ami. «Tu es comme le vent qui fait chanter les violons et emporte au loin le parfum des roses…» Paroles, paroles, se disait-elle devant le baratin du beau séducteur, mais l’alcool aidant, elle avait soif de l’entendre. Le lendemain matin, elle s’est réveillée entre deux corps d’hommes, plus seule que jamais. «Ce n’est pas moi. Je n’aurais jamais fait ça sans être soûle et je me suis sentie très mal quand j’ai compris ce qui s’était passé. Je n’ai plus jamais voulu revoir ces hommes, j’avais trop honte. Je ne m’explique pas encore mon comportement, mais une chose est claire: j’ai découvert mes limites et jamais plus je ne les franchirai.»

 

UN PLAN CUL EN COUPLE

Si le triolisme est très répandu dans la littérature érotique et dans l’ensemble du matériel pornographique, il est en réalité le lot d’une minorité. Catherine, 22 ans, étudiante, aimerait bien faire l’amour à trois, mais ses craintes l’emportent haut la main sur son désir. «L’autre sera-t-elle plus belle, plus excitante, plus performante que moi?» La jalousie est l’obstacle majeur au triolisme. «Et si mon amoureux accepte de le faire avec un autre homme, est-il un gai qui s’ignore?» «Notre idée de l’homosexualité est très schématique en Occident, soutient M. Castonguay. On a l’impression qu’on l’est ou qu’on ne l’est pas. Avoir un contact avec quelqu’un du même sexe que soi n’est pas nécessairement le signe d’une homosexualité refoulée. Ça peut même être un excitant.»

 

«JE COMMENÇAIS À AVOIR CHAUD, MAIS QUAND JE LES AI VUES S’EMBRASSER, LÀ J’AI PERDU TOUS MES MOYENS»

 

Les hommes éprouvent aussi des réticences, même si la majorité d’entre eux n’oseront jamais le crier sur les toits. Si dans leurs rêves éveillés ils sont d’inépuisables étalons capables de faire gémir une nuit entière deux femmes (minimum), dans la vraie vie, ils sont nombreux à s’inquiéter de leur réel pouvoir à satisfaire au carré ou au cube. Et, à l’instar des femmes, ils se soucient des répercussions d’un plan cul de ce genre sur leur vie de couple. Il n’est pas rare que ce soit Jules qui se défile quand Julie (surprise!) accepte. «Ma blonde de l’époque, sa meilleure amie et moi, on était étendus sur le lit à parler, raconte Marc, 27 ans, technicien en informatique. J’ai soudain réalisé qu’elles se caressaient de manière plus qu’amicale. Je commençais à avoir chaud, mais quand je les ai vues s’embrasser, là j’ai perdu tous mes moyens. Et comme un con, je suis parti. Je l’avoue, j’ai eu la chienne, moi qui aimais pourtant imaginer combien ce serait bon…»

 

PIMENT OU POISON?

Pour l’anniversaire de son amoureux, Caroline a mis en branle l’Opération Séduction: restaurant, champagne, limousine, plan cul… Mais l’heureux fêté est à mille lieues d’imaginer la suite de cette soirée déjà grandiose. Afin de raviver la flamme de son couple qui faiblit tranquillement, Caroline a décidé d’oser. Son shopping pour le grand tralala a d’ailleurs commencé dans une agence d’escortes. «Je voulais essayer quelque chose de nouveau, même si les femmes ne m’attiraient pas particulièrement. Et lui m’en parlait depuis tellement longtemps que l’idée m’est venue d’essayer.» Vingt-trois heures. Dring, dring. Ça sonne à la porte. Toute fébrile, Caroline ouvre à Jessica, une femme pas très jolie aux nombreux tatouages (décorations que le couple ne prise guère) et pressée de fumer un joint. «L’agence m’a proposé de la renvoyer si je n’étais pas satisfaite mais, franchement, je ne me voyais pas faire ça.» Quand est arrivé le moment de passer aux choses sérieuses, Caroline s’est transformée en bloc de glace et son chum a été incapable de se mettre au garde-à-vous en présence de l’escorte. Happy birthday, chéri! Le flop a eu du bon: ils ont eu droit à un prix d’amis (75 $, soit la moitié du montant prévu). Le couple s’est séparé peu de temps après, mais lors de cette nuit mémorable, et après le départ de Miss Tatouages, la complicité et le rire furent au rendez-vous. «J’avoue que si la fille avait été super belle et sexy, j’aurais été jalouse. Si j’avais vu dans les yeux de mon chum un désir intense, la chicane aurait sûrement suivi. C’est sans doute mieux que les choses se soient passées comme ça», conclut Caroline. «La communication est toujours excessivement importante, mais c’est encore plus vrai dans ce type d’aventure, histoire d’éviter jalousie et autres malentendus, affirme Gilbert Groulx, rédacteur en chef de Québec Érotique. Il faut définir clairement pourquoi on le fait, ne surtout pas céder à l’effet mode et, bien sûr, respecter ses propres limites et celles de son ou sa partenaire.»

 

Le taux de satisfaction semble supérieur quand le plan cul se vit entre amis et inconnus plutôt qu’entre amoureux. Pourtant, certains ne jurent que par la formule classique blonde + chum + X. «Je ne me considère pas comme une lesbienne, mais j’aime parfois avoir des relations sexuelles avec une femme, confie Isabelle, une enseignante dans la trentaine. Et Daniel, mon conjoint depuis maintenant quatre ans, apprécie beaucoup la variété que cela apporte. Nous n’avons vécu l’expérience qu’à trois reprises, mais nous allons recommencer autant de fois que cela nous conviendra. Évidemment, c’est quelque chose dont nous ne parlons qu’avec nos amis les plus intimes.» Des estampes de l’Antiquité nous rappellent sans l’ombre d’un doute que le triolisme n’est pas une nouvelle tendance testée par Varda à Je regarde moi non plus. Mais avant de s’engager sur ce terrain glissant, il faut comprendre le pourquoi de cette expérience et bien évaluer l’éventail de ses conséquences. Après, on a une chance sur deux qu’à trois, on recommencera! Vive les plans cul!