Candidats de la télé-réalité c’est la psy qui choisit!

Le stress de la caméra, la tristesse de l’élimination, le bouleversement de la célébrité… Difficile de garder les pieds sur terre quand on vit des émotions aussi contrastées. Aux États-Unis, Catherine Selden est chargée de repérer les candidats les plus équilibrés et de les aider.

Rencontre avec la psychologue de la télé-réalité.

caméraPour une fois, c’est l’Europe qui a lancé la mode télé. Le succès phénoménal de Big Brother, reality show conçu par la compagnie hollandaise Endemol (comme Star Academy, America’s got talent et plein d’autres), n’a pas tardé à donner des idées aux producteurs étrangers, et surtout aux chaînes américaines qui, depuis, ont largement rattrapé – et devancé – leurs consoeurs du Vieux Continent. N’en déplaise à ses très nombreux et très virulents détracteurs, le genre est très hot, comme le prouvent ses cotes d’écoute astronomiques. Studios et producteurs sont sans cesse à l’affût du concept qui saura retenir les téléspectateurs. Et dans l’univers de la télé-réalité, il y en a pour tous les goûts: survivre dans la jungle, tenir le coup dans une maison remplie de personnes inconnues, trouver l’âme soeur, devenir la nouvelle star de la chanson… Si les jeux diffèrent dans leur contenu, ils ont cependant tous droit aux mêmes critiques: voyeurisme pour le public et exhibitionnisme pour les participants. Nous serions donc des «voyeuses» (que celle qui n’a jamais jeté un oeil sur une seule de ces émissions jette la première pierre), et les participants, de joyeux «tout-nus»! Si c’est vrai, pourquoi certains sont-ils prêts à se dévoiler ainsi alors que d’autres n’oseraient jamais? Qu’est-ce qui les motive? L’accès direct à la popularité, aussi éphémère soit-elle? L’appel de l’aventure?

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Des schizos en face de la cam

Dans son bureau de Beverly Hills, le Dr Catherine Selden rencontre tous ces aspirants sexy participants afin, justement, de mieux cerner leurs motivations et de s’assurer qu’ils ont bien les ressources psychologiques nécessaires pour faire face aux caméras. Née en France, la jeune psychologue a entendu l’appel de l’Amérique il y a plus de 15 ans. Elle s’est installée à Los Angeles, après un petit détour par Montréal. Mariée depuis à Fred Selden, un compositeur de musique qui a notamment travaillé sur les trames sonores de Star Trek, elle est entrée un peu par hasard dans l’univers de la télé-réalité

 

Malgré l’implication de son mari dans le domaine artistique, Catherine Selden a d’abord mis ses connaissances au service des schizophrènes et des patients souffrant de troubles mentaux d’un hôpital de la Cité des anges. Mais un jour des producteurs à la recherche d’une psychologue ont débarqué sur son lieu de travail… «Ils m’ont expliqué qu’ils avaient du mal avec les participants d’une de leurs émissions dont le concept de base était l’interaction de plusieurs inconnus dans une même maison. Le problème était de taille: il n’y avait pas de problème! Les participants étaient tellement polis les uns envers les autres que l’émission était tout à fait ennuyante. Ils m’ont demandé de les aider à sélectionner leurs candidats afin d’éviter ce genre de situation à l’avenir. En fait, les producteurs m’engagent pour s’assurer que les gens retenus soient assez fous pour faire en sorte que l’émission soit intéressante, mais pas fous au point de représenter un danger pour eux-mêmes ou pour les autres participants et d’occasionner de trop gros maux de tête aux responsables de l’émission! C’est une ligne bien mince que nous ne devons pas franchir, car toute l’émission en dépend. Donc, c’est à moi de faire les bons diagnostics.»

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Pour participer à une émission de téléréalité américaine, il ne faut souvent qu’une petite visite au centre commercial. En effet, les producteurs envoient des recruteurs un peu partout dans les endroits publics pour approcher les gens susceptibles de faire de bons – et surtout beaux – candidats. C’est après que ça se complique: avant que les cams ne se mettent à tourner, tous les sélectionnés doivent passer chez le Dr Selden. «Mon travail est de contribuer à la formation de la distribution. Je dois rencontrer chaque participant éventuel et lui faire passer une batterie de tests psychométriques afin de déterminer comment il ou elle réagirait au stress et aux situations de l’émission. Je rédige ensuite un rapport pour chacun, que je remets aux responsables qui, eux, feront le choix final des concurrents. De cette façon, les producteurs ont une “garantie” quant au comportement des participants, et ces derniers, une sorte de préparation mentale, puisque nous passons en revue tout ce qui peut leur arriver à cause de leur implication dans une telle émission.»

 

La Cam en direct : La vallée des désolations ?

S’il est vrai que la recherche des fameuses «15 minutes de gloire» chères à Andy Warhol est bel et bien un moteur de décision, les participants malchanceux ne seraient toutefois pas trop affligés par la désillusion. «Comme je les rencontre lorsqu’ils quittent le plateau de tournage et une autre fois quand l’émission joue à la télévision, si elle a été enregistrée à l’avance, je sais assez bien ce qu’ils vivent. Certains se demandent si c’était finalement une bonne idée de s’engager dans une telle aventure. Mais je dois dire que même les personnes qui croyaient leur avenir foutu à la suite de l’enregistrement me disent, une fois l’émission diffusée, que c’est la meilleure expérience de leur vie et qu’ils sont très contents de l’avoir fait. De bonnes choses leur arrivent parfois à la suite de leur apparition au petit écran, pas nécessairement en lien direct avec le show mais parce que, pendant le processus, ils ont rencontré des gens et ouvert certaines portes. Ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. Je pensais trouver des gens en carence, persuadés d’être des laissés-pour-compte ou des gens déprimés parce qu’ils espéraient devenir de grandes stars, mais tous les “perdants” que j’ai rencontrés jusqu’à présent, sans exception, ont trouvé l’expérience agréable, même s’ils n’ont pas vécu de grands changements lors de leur retour à la vie normale.

 

Ils perçoivent cette expérience comme un moment où ils ont pu faire des choses hors de l’ordinaire, voyager dans des avions privés et visiter des endroits exceptionnels (pour ceux et celles qui ont participé à Joe Millionaire, The Bachelor/The Bachelorette ou Paradise Hotel, par exemple). En plus, les gens qui ont des non-dits dans leur vie ouvrent souvent les voies de la communication une fois que les caméras tournent. Cela déclenche le dialogue dans les familles, et c’est souvent pour le mieux, il faut bien l’admettre. Plusieurs émissions de télé-réalité permettent aux participants d’affirmer leur personnalité en face de la Cam. Quand j’ai commencé dans ce domaine, je m’attendais à voir des gens très artificiels, mais au contraire, je suis souvent tombée sur des candidats qui, à la fin de notre entrevue, m’avaient en quelque sorte fait grandir. J’ai rencontré des êtres exceptionnels à travers ces processus d’évaluation psychologique.»

 

Depuis la tempête Big Brother sur CBS, en 2000, un nombre sans cesse croissant d’émissions «réalité» se sont emparées des ondes et des meilleurs créneaux horaires du petit écran américain. Détrônant les acteurs, nos «héros» favoris sont des gens de plus en plus «normaux» qui, séduits par le goût de l’aventure, l’envie de vivre autre chose, se laissent filmer en temps réel dans des situations créées de toutes pièces. Avec des coûts de production relativement bas (400 000 $ US pour une émission de ce type, contre 2 millions pour une télésérie hebdomadaire) et des cotes d’écoute qui fracassent tous les records, le phénomène devrait durer encore quelques années. «En ce moment, la téléréalité ne peut pas être plus hot et les choses iront à l’extrême, puisque les producteurs se feront concurrence pour obtenir du temps d’antenne. Plus la compétition sera forte, plus les concepts seront excessifs. Quant au long terme, je ne crois pas que ce type d’émissions disparaîtra, mais c’est clair qu’on trouvera un juste milieu. En ce moment, à Los Angeles, certains publicitaires se dissocient déjà des reality shows à la moralité douteuse, le retour de pendule est amorcé.» En attendant, chez nous, la mode n’est pas près de s’arrêter!